Episode Transcript
[00:00:00] Speaker A: Le balado que tu t'apprêtes à écouter.
[00:00:05] Speaker B: Tu peux pas l'entendre ailleurs. C'est une exclusivité. 88.3, c'est fuck.
[00:00:07] Speaker C: Tout ça part ici. Bonjour à tous, donc nous nous retrouvons pour un nouvel épisode avec Dr Sophie Desaigne, obstétricienne et gynécologue de profession, et elle est également chef de département de cette spécialité. Donc des histoires de détermination et d'excellence, passons au micro aux femmes chirurgiennes.
[00:00:43] Speaker D: Donc, bonjour Docteur Desaigne. On est très contentes de vous avoir avec nous aujourd'hui. On commencerait juste par vous laisser nous parler un peu de vous, de votre spécialité, de ce que vous faites à tous les jours.
[00:00:54] Speaker B: Merci de m'avoir invitée, les filles. Ça me fait vraiment plaisir de participer à cette activité-là. Donc, merci beaucoup d'avoir pensé à moi.
Donc, en fait, moi, je suis gynécologue obstétricienne. Je suis en pratique depuis maintenant 20 ans, en fait, depuis janvier 2004. Donc, j'ai fait une formation supplémentaire qu'on appelle communément un fellowship en santé de la femme périposte-ménopause. Puis après ça, j'ai commencé à pratiquer à l'Université de Sherbrooke, au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Et là, actuellement, j'ai une pratique active d'obstétrique, de gynéco.
avec ma surspécialité en ménopause et je suis aussi, j'ai fait beaucoup de gestion, je suis chef du département hospitalier du CIUSSS de l'Estrie-Chus depuis maintenant six ans et directrice du département universitaire depuis aussi le même temps.
[00:01:54] Speaker A: Puis en fait, est-ce que vous avez fait votre médecine à Sherbrooke ici?
[00:01:57] Speaker B: Oui, j'ai fait ma médecine à Sherbrooke. En fait, j'ai fait ma médecine à Sherbrooke, ma résidence en obstétrique-gynéco à Sherbrooke. Après, je suis allée faire mon fellowship, ma formation complémentaire à Boston, au Massachusetts General Hospital qui est affilié avec Harvard. J'ai fait un an et demi de fellowship là-bas et je suis revenue pratiquer à Sherbrooke.
[00:02:21] Speaker D: Donc, il y a un gros coup de coeur pour Sherbrooke.
[00:02:23] Speaker A: Oui, c'est ça.
[00:02:25] Speaker B: En fait, oui, pourquoi Sherbrooke? Bon, un, moi, je viens de la région. Deux, le programme à Sherbrooke m'intéressait beaucoup. C'est sûr que, comme pas mal tous les appliquants en médecine, j'appliquais à tous les programmes du Québec.
Et donc Sherbrooke, un, m'a choisi, puis deux, je l'ai choisi. J'ai eu deux options. J'ai décidé de rester à Sherbrooke pour le programme et pour rester aussi près de ma famille. Et après ça, la résidence, ça a été un choix plus difficile. Mais le programme de Sherbrooke, encore une fois, m'a attirée.
Et après ça, bien, dans le fond, je suis vraiment contente d'être allée à l'extérieur faire mon fellow pour... Puis c'était pas... Moi, mon parcours était... c'était pas clair que j'allais être gynécologue obstétricienne, là. C'est vraiment...
Au fur et à mesure des choix de l'externat, ça a été une grosse surprise que je sois une spécialiste.
Je suis rentrée en médecine avec l'idée d'être un médecin de famille en région.
Alors là, je suis une sur-spécialiste en milieu universitaire. Donc, c'est ça.
[00:03:39] Speaker D: On n'est pas à la même place du tout.
[00:03:41] Speaker A: Puis justement, qu'est-ce qui vous a fait changer d'idée en cours de parcours? Est-ce que c'était les stages?
[00:03:47] Speaker B: En fait, je pense que j'aurais été heureuse dans plein de spécialités qui ont des caractéristiques similaires à l'obstétrique gynéco, clairement. Mais qu'est-ce qui m'a fait choisir pendant l'externat, parce que c'est pendant l'externat principalement, c'est vraiment l'aspect technique. Et ça, ça a été une grosse surprise.
Parce que chez moi, on m'appelait Sophie Lagaffe, là. Donc, clairement, en partant, moi, j'avais un préjugé envers moi-même qui disait que je serais jamais capable d'être chirurgienne. Je suis pas très... T'sais, j'ai ma dextérité, tout ça. À la maison, on dit que je suis Sophie Lagaffe, je suis un peu lunatique. Donc, j'avais déjà un...
t'sais, un préjugé défavorable envers moi-même pour dire, bien, je pense pas que la chirurgie, c'est fait pour toi.
Puis là, woup, à l'externat, tu sais, je suis bien en salle d'op. J'aime ça, tu sais, travailler avec mes mains. Quand je fais mon stage de médecine de famille, c'est l'urgence que j'aime. C'est aller faire des points. Tu sais, je découvre l'obstétrique. Je fais, oh, OK, là, je pense que je viens de trouver un coup de cœur. Et j'ai fini mon externat en appliquant en obstétrique gynéco et en chirurgie générale.
[00:05:05] Speaker D: Ok. Wow, c'est intéressant. Puis est-ce qu'il y a eu des moments dans votre parcours que vous avez eu l'impression que c'était plus difficile de rentrer en chirurgie en tant que femme ou ça ne faisait pas partie de vos idées?
[00:05:20] Speaker B: En fait, tu sais, quand j'ai... Là, actuellement, on est plus de femmes que d'hommes dans mon département. Et ça a changé quand même beaucoup. Parce que quand je suis arrivée en pratique, il y avait seulement deux femmes dans le département. Mon département était plus petit aussi. Et en résidence, il y avait quand même beaucoup de femmes. Par contre, on se faisait dire, comme jeune patronne puis comme résidente, est-ce que c'est vraiment toi qui vas m'opérer?
Est-ce qu'avec qui tu travailles? Puis là, il y avait un préjugé très favorable envers un homme chirurgien. Là, on remonte d'il y a 20-25 ans. Donc, vraiment ça, je l'ai senti énormément en résidence et en début de carrière.
et de moins en moins. Et en fait, là, il y a beaucoup plus de femmes. Mais là, je dirais qu'il y a un préjugé favorable envers les femmes obstétriciennes, gynécologues, pour les patientes quand elles viennent nous voir. Donc, oui, je l'ai senti. Je le sens beaucoup moins maintenant. Oui, on le sentait aussi.
dans la salle d'op, surtout il y a 20 ans, puis qu'il fallait faire un peu plus notre place, beaucoup moins maintenant.
[00:06:40] Speaker A: Mais est-ce que vous avez l'impression que c'est une réalité qui est comme la mentalité de vous-là, 20 ans, c'est encore présent dans d'autres spécialités, puis que la gynécose a évolué plus rapidement, puisque c'est un domaine un peu plus de femmes?
[00:06:53] Speaker B: Je pense que oui. Je pense que oui. Je pense que la place des femmes a été plus facile à faire dans ma spécialité qu'elle l'est dans d'autres.
Je pense qu'il reste encore des spécialités un peu plus « machos », un peu plus de « jokes » qui plaisent moins aux filles, aux femmes.
qui rendent un peu inconfortables. Il y en reste encore. Il y en a moins, mais il y en reste encore. Moi, je me souviens d'affaires qui nous faisaient friser les oreilles, mais qu'on endurait. Heureusement qu'on ne tolèrerait plus maintenant. Mais ça, c'est partout, je pense. La société a évolué. Il faut juste continuer à nous amener là.
Mais je pense que la place est probablement encore plus à faire dans d'autres spécialités que la mienne.
[00:07:50] Speaker A: Puis est-ce qu'il y a une raison particulière pourquoi vous avez choisi un gros centre, plus un centre universitaire versus la région? Parce que, tu sais, au début, vous vous enliez plus vers la région.
Ça, comment vous avez départagé ça?
[00:08:02] Speaker B: En fait, moi ça a été un choix quand même pas facile en quatrième année de résidence de dire est-ce que je reviens à Sherbrooke ou je vais en région, parce que moi je ne voulais pas faire une surspécialité qui m'enlevait des champs d'expertise de ma pratique. Je voulais vraiment rester une obstétricienne gynécologue générale qui fait de l'obstétrique, qui fait de la gynéco, qui fait de la colposcopie, qui fait de l'hystéroscopie, qui fait de tout.
parce que c'est ce qui est vraiment le fun de notre spécialité. On ne fait jamais la même chose à chaque jour. C'est assez perturbant quand on arrive comme externe dans ce stage-là, mais c'est vraiment ce qui fait une partie de la beauté de ma spécialité. J'ai choisi en fait de rester en milieu universitaire parce que, un, j'ai réussi à trouver un fellowship qui me gardait dans une pratique générale et que j'aimais beaucoup, qui est très endocrino, j'aime beaucoup l'endocrino de la reproduction, et je voulais faire de l'enseignement. Je voulais faire de l'enseignement, j'étais impliquée dans le comité de programme depuis ma deuxième année de résidence. J'étais impliquée dans organiser des activités avec des collègues résidents. Donc, j'aimais cet aspect-là. Et on m'a aussi recrutée en me disant, bien, on te voit un jour comme directrice du programme de résidence.
Alors, bien, là, ça, j'ai fait, oh, j'embarque. Donc, c'est pourquoi je suis restée à Sherbrooke dans un milieu universitaire.
[00:09:37] Speaker D: Donc, dans le fond, la faculté avait déjà un peu vu votre FIB gestionnaire à travers votre résidence, puis là, il est intéressé à vous ravoir comme gestionnaire, c'est ça?
[00:09:48] Speaker B: Mais je pense que oui, parce que déjà comme résidente, j'avais pris la place dans des comités. Comme résidente-chef aussi, on a une place en gestion, vraiment, pour gérer des horaires, gérer une équipe de résidents, gérer...
des conflits, des éléments plus difficiles, t'sais, amener des changements des fois dans, t'sais, même initier des changements même auprès des patrons pour certains éléments. Ça fait que des choses, des dossiers que j'avais amenés qui avaient fait en sorte que j'avais aimé ça, faire ça. Et on l'a vu et on m'a dit, bien, regarde, on va te recruter puis on aimerait qu'un jour tu sois directrice du programme de résidence. Le jour est arrivé vite, je dirais, parce que quand je suis revenue, le directeur du programme de résidence est devenu vice-doyen aux études médicales postdoctorales et je suis arrivée en janvier 2004 comme directrice du programme de résidence.
[00:10:51] Speaker A: Donc, vous avez commencé votre pratique.
Oui.
[00:10:55] Speaker B: En arrivant, j'ai déjà eu un poste de gestion. J'ai commencé directrice du programme de résidence et j'ai fait ça pendant six ans.
[00:11:04] Speaker D: Ça fait beaucoup de nouvelles responsabilités toutes d'un coup. Comment vous avez géré ça au début?
[00:11:10] Speaker B: Écoute, c'est un peu flou maintenant, mais je suis arrivée hyper motivée. Donc, pendant mon fellowship, j'ai fait des choses vraiment le fun, puis j'ai aussi fait du remplacement.
Parce que moi je ne travaillais pas, je ne faisais pas d'obstétrique dans mon fellowship, parce que le système américain est un peu plus complexe, c'était compliqué, tout ça. J'ai fait « bon, ce n'est pas grave si je ne fais pas d'obstétrique, si je fais ma formation complémentaire pour avoir ma spécialité, mon expertise, c'est parfait. » Mais toutes mes vacances, je les ai passées à faire du remplacement. Donc, toutes mes premières fois, tu sais, ce qui est stressant de jeune patron, je les ai faites, OK? J'ai fait ma première césarienne difficile, le forceps, l'hystéré. Tu sais, j'ai fait toutes les affaires. Tu sais, mes premières ont été faites. Ça fait que quand je suis arrivée en pratique, tu sais, j'avais quand même une certaine confiance clinique. Et là, j'ai pu me consacrer à tout ça et vraiment développer ma confiance un peu plus de gestionnaire, là, avec les premières années.
[00:12:17] Speaker A: Puis comment vous avez géré au début de votre pratique l'équilibre entre la clinique et la gestion, puis comment vous étiez capable de mettre votre temps dans votre horaire?
[00:12:26] Speaker B: En fait, j'ai travaillé beaucoup. J'ai travaillé beaucoup à la base, mais j'ai travaillé beaucoup. Je n'avais pas de famille encore. J'avais un conjoint qui travaillait aussi beaucoup, ce qui a aidé. Mais je me suis rendue compte que j'avais trop travaillé au début, parce qu'après six mois, j'ai fait de mon travail. Puis là, je me suis rendue compte que je n'avais pas pris de vacances.
Alors là, c'est une des premières leçons que j'ai eues, c'est quand tu commences à aimer moins ton travail, c'est parce que tu n'as pas pris… tu travailles trop. Donc là, il est le temps que tu prennes des vacances. Et là, je suis devenue plus sage avec le temps et je me suis mis des vacances stratégiquement placées après trois mois. Souvent, je me mets une semaine de vacances ou l'été, un petit peu plus de vacances.
J'ai appris à connaître un petit peu plus, à me connaître plus et à avoir les indices de « OK, là, tu as travaillé trop ou tu travailles trop, fais attention, on ralentit un petit peu. » Donc, ce n'était pas facile de concilier les deux, mais ça s'est quand même fait assez bien en partant. Donc, s'autoriser des moments, des demi-journées, c'était… être bien entourée aussi avec des adjointes administratives, des collègues, puis éventuellement déléguer un peu, ce qui est dur quand on commence un poste, mais éventuellement déléguer un peu. Puis rapidement, il y a eu une visite d'agrément, ça fait que j'ai compris tout le programme en entier. Après trois mois en poste, il y a eu une visite d'agrément. Donc ça, c'était stressant, mais ça m'a permis de maîtriser le programme, les forces, les faiblesses, et ça m'a aidée pour les années suivantes.
[00:14:13] Speaker A: Puis en fait, après, vous avez fait ce poste-là pendant six ans, puis après ce poste-là, c'est quel poste de gestion que vous avez occupé?
[00:14:21] Speaker B: En fait, j'ai fait ce poste-là pendant six ans. Après ça, j'ai été la responsable de l'enseignement au préclinique qui s'appelait l'unité de reproduction dans le temps. Et j'ai aussi été sur le comité, tu sais, membre du comité exécutif de la Société des médecins de l'Université de Sherbrooke.
J'ai fait ça pendant longtemps. J'ai été la vice-présidente et la présidente. J'ai été la première femme présidente de la Société des médecins de l'Université de Sherbrooke. C'est pas ce que j'ai fait pendant quatre ans. J'ai adoré ça.
À Sherbrooke, on est une université, une faculté de médecine particulière avec notre plan de pratique, ce qui fait qu'il y a beaucoup de professeurs plein temps à cause de la Société des médecins de l'Université de Sherbrooke, qui fait qu'on peut se permettre d'avoir beaucoup de professeurs, mais de se partager la tâche entre les professeurs.
Donc c'est vraiment une particularité à Sherbrooke et c'est un outil extrêmement précieux pour se permettre d'avoir un programme d'enseignement qui nécessite quand même beaucoup de professeurs, mais qui est vraiment riche pour les étudiants. Donc ça, j'ai fait ça aussi pendant plusieurs années, membre du comité exécutif puis vice-présidente quatre ans et présidente quatre ans.
Et à travers ça, j'ai fait le responsable de l'enseignement préclinique. J'ai été aussi responsable de l'externat, des écoles à l'externat. Et après ça, j'ai été responsable du comité d'accompagnement au changement du nouveau curriculum. Donc l'implantation du curriculum, donc vraiment accompagner les profs. Je vous dis que j'étais un peu la cheerleader du nouveau programme. Et après ça, j'ai été chef du service d'obstétrique gynéco-générale parce que notre département a grossi. Beaucoup, la mission tertiaire a été de mieux en mieux assumée. Et là, on a eu la création des services. Et depuis six ans, je suis chef et directrice du département.
[00:16:31] Speaker D: C'est beaucoup d'historique en gestion. Vous avez quand même un CV assez impressionnant à ce niveau-là. Tantôt, on a un peu parlé de la place de la femme en chirurgie. Est-ce qu'au niveau de la gestion, c'est semblable? Comment vous voyez ça, la place de la femme en gestion, plus précisément?
[00:16:52] Speaker B: Il y a encore du travail à faire. Il y a encore du travail à faire. Je vous ai dit, j'ai été la première présidente de la Société des médecins. On était deux femmes sur le comité exécutif, sur un total de huit membres. Et là, depuis moi, il n'y a pas eu d'autre femme présidente. Donc, après ça, je suis la première cheffe de département femme du département de obstétrique et gynéco.
Il va y en avoir d'autres après. Ça, c'est clair. Mais quand on regarde les postes de gestion, il y a encore beaucoup plus d'hommes que de femmes. Et je pense qu'il y a un...
un frein, un frein, oui, de la structure. Les comités sont souvent le soir, les fins de journée, bon, parfois le matin, mais beaucoup plus souvent en fin de journée. Il y a aussi un frein de Les femmes, j'ai l'impression, puis là, je ne veux pas caricaturer, mais après plusieurs années, je le sens encore comme ça, puis je le sens encore moi-même, on a quand même un sentiment d'imposteur qui est plus fort. J'ai vraiment cette impression-là. Et on a probablement besoin de se sentir mieux outillé pour prendre certains postes de gestion comparativement aux hommes.
Puis là, je le dis, t'sais, en mettant des gants blancs, mais j'ai vraiment cette impression-là parce que, moi, je dois le travailler, ça, encore, mon sentiment d'imposteur, OK? Il est pas mal plus faible qu'il a déjà été, mais j'ai l'impression qu'il est présent beaucoup chez les femmes pour ces postes de gestion-là, en disant, oui, mais j'ai pas d'expérience, oui, mais j'ai pas de formation, oui, mais...
Puis tu te rends compte que non, t'en as, vous en avez de l'expérience, on peut aller chercher des formations.
Il y a de plus en plus de formations aussi données par des associations médicales, données en collaboration avec le PAMQ qui est vraiment très bien.
pour les chefs de département, directeurs, chefs de service qui roulent depuis deux ans. Mais là, on en doute de plus en plus. Et je pense que ça va aider. Mais moi, je le vois, ça, et je vois parfois être obligée de dire oui, oui, tu es capable. T'sais, t'es capable, tu l'as fait déjà, la job, faut que t'aies le titre, ou t'sais, t'as déjà... t'as les capacités. Donc, je pense qu'il y a ça qui est un frein encore, là, au... à ce que les femmes s'impliquent un peu plus en gestion. Mais ça, c'est... je pense que c'est sain quand il y a une implication homme et femme, une diversité, là. Une diversité de parcours, une diversité...
de génération. Je pense que c'est vraiment très sain.
[00:19:59] Speaker A: Quand il y a ça. Est-ce qu'il y a souvent des divergences un peu dans les visions d'une femme versus un homme dans des comités ou ça n'a pas vraiment d'importance?
[00:20:08] Speaker B: Je ne pense pas qu'il y a énormément de différences. Je pense qu'il y a peut-être une certaine candeur, une certaine...
Tu sais, moi, je me souviens dans des comités, de ne pas comprendre ce qu'il se dit, de ne comprendre pas ce qu'on parle. Puis là, de lever ma main et de dire, mais OK, je ne comprends pas cet élément-là. Et là, de regarder autour et de me rendre compte que, bon, OK, tous les autres membres n'ont pas compris aussi. Et là, bien, voilà, tout le monde est moins niaiseux après ma question, mais il n'y a personne qui ose le dire. Fait que des fois, je me dis, OK, Il y a probablement un peu de frime, là. En tout cas, moi j'ai l'impression qu'il y a peut-être un peu plus de candeur, un peu plus de « c'est pas grave si on le sait pas ». C'est peut-être juste mon expérience dans certains comités qui a donné ça, mais c'est ça. J'ai cette impression-là. Et j'ai l'impression qu'on arrive vraiment bien préparés. Il y a des dossiers que j'ai menés que j'ai dit, OK, j'ai l'impression que c'est sérieusement moi la mieux préparée de la gang pour mener ce dossier-là. Ça fait que je...
Il ne faut pas quand même mettre les stéréotypes, mais je pense qu'on amène une vision ou une rigueur aussi dans les comités qui est vraiment intéressante et qui reste quand même un élément un petit peu de... Puis ça, c'est vraiment... Les gens ne s'en rendent pas compte, mais il reste un élément de boy's club.
[00:21:48] Speaker D: 2024 encore.
[00:21:49] Speaker B: Il reste beaucoup de travail à faire.
[00:21:55] Speaker A: Il reste encore du travail à faire. Justement, il y avait comme une statistique qui venait de sortir que justement c'était comme 20 % des chefs de département au Québec, que c'était des femmes. Moi personnellement, ça m'a quand même choqué. Je ne m'attendais pas à ça dans ma tête. J'étais comme justement en 2024, il doit y avoir plus de femmes, mais que finalement, ce n'est pas tant le cas. Je ne sais pas si justement, est-ce que vous pensez qu'il y a comme un élan de changement qui s'en va peut-être vers une augmentation des 20 %-là ou ça va être plus long qu'on le pense?
[00:22:18] Speaker B: Bien, j'espère que ça sera pas... que ça va changer, puis que dans un an ou dans deux ans, on va me dire que c'est 30 %, puis éventuellement, c'est 50 %, puis éventuellement, dépendamment du nombre de femmes et d'hommes en pratique, j'espère que ça va suivre aussi le pourcentage, mais...
Mais il y a encore ces freins-là dans une pratique, puis il y a aussi des fois des éléments de ressources. Le gestion d'une équipe de ressources humaines, ce n'est pas évident. Le travail de chef de département, on n'est pas vraiment les patrons de nos collègues. On est des collègues. Fait que cet élément-là est pas facile. Puis, c'est pas le fun, la chicane, entre gros guillemets. Fait que quand, dans un département, c'est pas facile au niveau des interactions personnelles, ça peut vraiment être aussi un peu décourageant pour tout le monde, mais peut-être particulièrement un petit peu plus pour les femmes.
[00:23:25] Speaker A: Puis je sais que personnellement c'est un peu flou le rôle d'un chef de département dans un département. Est-ce que vous pouvez peut-être nous expliquer un petit peu c'est quoi les grands rôles?
[00:23:35] Speaker B: En fait, chef de département, c'est vraiment qui est responsable de s'assurer que les soins sont offerts à la population, donc au niveau de l'accès puis de la qualité des soins. Donc, il y a vraiment un rôle là. Donc, on peut déléguer des parties de rôle, comme ce n'est pas moi qui fais toutes les listes de garde, les horaires et tout ça. On le travaille ensemble.
Il y a un élément de leadership au niveau des pratiques, du travail avec les autres départements, services, avec les autres professionnels, surtout au niveau hospitalier. Il y a l'implantation de certaines pratiques ou changements de pratiques qui est là aussi. Donc, on a un peu le rôle de patron mais sans avoir 100 % l'autorité, parce que, t'sais, moi, je pourrais pas dire, OK, cette personne-là, je la licencie, t'sais, elle travaille pas pour moi, t'sais. Fait qu'on a pas... Fait qu'on a un peu ce chapeau-là, et on travaille comme collègues aussi. Donc, il y a... Dans la loi, la L4S, mon qui...
Mais le rôle du chef de département va rester vraiment similaire avec Santé Québec. En fait, on est tous renommés actuellement comme chef de département pour Santé Québec.
Tout ce qui s'est passé dans les établissements n'a pas changé au niveau des chefs de département. Mais on a vraiment la loi qui encadre notre rôle qui est quand même assez...
assez large comme rôle au niveau de l'accès de la qualité des soins. Mais on a, je dirais, relativement peu de leviers pour les faire si jamais il y a des enjeux. Heureusement, il n'y en a pas si souvent. Il y a d'autres leviers qu'on peut utiliser aussi.
[00:25:36] Speaker D: Puis par rapport à Santé Québec, justement, est-ce que vous avez un rôle plus à ce niveau-là au niveau gouvernemental? Est-ce que vous avez votre mot à dire quand ils veulent mettre en place des lois, des choses comme ça ou pas du tout comme vous faites imposer des choses?
[00:25:51] Speaker B: En fait, on est relativement peu consulté comme chef de département par Santé-Québec, on s'entend. Notre canal, c'est le directeur médical, anciennement DSP et la direction hospitalière.
Comme directrice de département universitaire, le canal, c'est au niveau de la direction facultaire et par nos associations médicales, donc l'association d'obstétriciens et gynécologues, la FMSQ, qui sont nos syndicats pour nous faire entendre, comme les autres membres. Non, on n'a pas de...
On n'a pas d'accès privilégié à Santé-Québec ou au ministère de la Santé.
[00:26:42] Speaker A: Puis ce poste-là, vous allez l'occuper pendant encore combien de temps environ?
[00:26:46] Speaker B: En fait, j'ai fait un premier mandat de quatre ans. C'est des mandats de quatre ans. Et j'en ai commencé un autre, ça fait deux ans et demi. Donc, il me reste un an et demi.
[00:26:57] Speaker A: OK. Quand même. Puis, ça va être quoi votre prochain projet de gestion après ça? Est-ce que vous retournez vers le prédocte ou non, pourtant?
[00:27:07] Speaker B: Écoutez, je pense que là, ça devient de plus en plus public. Il y a une course au décanat en ce moment et j'entraide de préparer ma candidature pour la déposer le 20 octobre.
le 20 janvier prochain pour me proposer comme prochaine personne doyenne de la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke.
[00:27:29] Speaker D: Wow!
[00:27:30] Speaker A: Vraiment intéressant. Oui, vraiment. Puis, en ce moment, est-ce que vous êtes la seule femme qui vous présente, ou on ne sait pas encore, c'est ça?
[00:27:36] Speaker B: Bien, je ne sais pas encore qui se présente. Je sais... J'ai déjà discuté avec deux autres personnes qui sont des hommes qui se présentent aussi, donc...
Pour l'instant, je pense que je suis la seule femme. Par contre, j'espère qu'il va y en avoir d'autres.
[00:27:54] Speaker D: Est-ce que vous seriez la première à ce poste-là comme femme?
[00:27:58] Speaker B: Il n'y a jamais eu de doyenne à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke.
[00:28:02] Speaker D: Je sais qu'il y avait une vise doyenne, mais il n'y avait pas de doyenne.
[00:28:08] Speaker A: Qu'est-ce qui vous attire envers ce poste-là, ce nouveau défi?
[00:28:14] Speaker B: C'est la gestion universitaire, c'est l'aspect, c'est la globalité de la mission. Moi, j'ai touché un peu à tout. J'ai fait moins de recherche. J'ai fait un petit peu de recherche. Comme directrice de département, je suis vraiment très préoccupée par augmenter les activités de recherche dans mon département, augmenter les collaborations, Ce que j'aimerais beaucoup, c'est à un moment donné, qu'on ait bientôt, j'espère, un regroupement de recherche en santé et bien-être de la femme universitaire. Puis, je travaille aussi avec la Fondation du CHU pour un fonds en santé des femmes, donc pour vraiment des projets cliniques, des projets de vulgarisation, des projets de recherche.
Donc, ce qui m'attire, c'est vraiment l'aspect global de l'enseignement, autant le préclinique, l'externat, la résidence, la recherche, les programmes postgradués.
la richesse qu'on a à la Faculté de médecine, où on peut avoir de l'interdisciplinarité, on a le fondamental, le clinique, puis ce qui m'anime beaucoup, c'est de...
de s'assurer que c'est un tout cohérent, qu'il y ait plus de collaboration entre les différents secteurs. Donc, ça, c'est clair que ça motive. Et bien, de former les professionnels en santé de demain, qu'on a besoin.
Donc, tu sais, la perte de travail et la pertinence, un peu plus l'aspect santé globale, le bien-être étudiant, l'inclusion. Donc, il y a plein de choses qui me parlent beaucoup, puis j'ai le goût d'en faire partie.
de faire partie des quatre à huit prochaines années pour la direction, tu sais, de la faculté. Puis j'ai surtout le goût de travailler avec les gens, de travailler à nous amener encore un petit peu plus loin, puis encore même un peu plus concret dans la... dans... dans notre milieu social ou, tu sais, l'aspect responsabilité sociale qui me parle aussi beaucoup, là, parce qu'on...
on forme des gens qui doivent vraiment rendre service à des populations, ici, maintenant ou dans un avenir rapproché. Donc, que ça soit cohérent avec les besoins de la population.
[00:31:00] Speaker D: Wow! Puis, ce poste-là, c'est un gros mandat quand même. Est-ce que si vous l'obtenez, vous devriez délaisser certaines autres tâches cliniques?
[00:31:14] Speaker B: En fait, je dis souvent que je ne fais pas cette application-là parce que je n'aime pas ma job. Au contraire, ça m'a pris plusieurs mois à me décider à appliquer. Parce que clairement, l'obstétrique gynéco, c'est extrêmement technique.
Ça prend vraiment une... T'sais, l'expertise d'obstétrique, il faut quand même en faire assez souvent pour la maintenir. Un, pour devenir à l'aise, et après ça, bien, maintenir les habiletés, puis même chose en chirurgie.
Donc, t'sais, je dirais qu'entre 10 et 20 ans de carrière, c'est là qu'on est le plus à l'aise, en clinique. On a encore beaucoup de connaissances, puis on a de l'expérience. Fait que les cinq premières années, c'est quand même pas si... La clinique, elle peut être pas facile. Fait que souvent, les résidentes, on leur dit, « Bon, tu vois, ça se peut que tu trouves ça difficile en début de pratique. C'est normal. Les premières, les choses que t'as pas vues souvent, la responsabilité, c'est pas facile. » Mais après, dix ans, c'est là que c'est le plus confortable, une pratique, de dix à vingt ans.
Et après, bien là, on commence à ressentir un petit peu des effets d'âge, là. Tu sais, les mal aux articulations, tu sais. Pas tout le monde, mais quand même, là. Quand on rentre dans la cinquantaine, les nuits sont un petit peu plus difficiles, tout ça. Mais en fait, là où je veux venir, c'est que j'aurais pas pu penser à ça avant. Là, je me dis, bon, OK, j'aime beaucoup mon travail. Si je suis pas retenue comme candidate, Je vais continuer mon travail clinique, enseignement et tout, mais je suis prête, à la hauteur du défi que je veux faire, je suis prête à délaisser parce que je vais devoir faire ce que je veux faire. Je vais devoir délaisser probablement l'obstétrique dans quelques mois, quelques années, la chirurgie clairement aussi. Je suis prête à le faire.
Mais j'aurais pas été prête avant. Ça a quand même pris un petit moment de réflexion.
[00:33:35] Speaker D: C'est quand même une grosse décision, pas.
[00:33:39] Speaker A: Prise à la légère. Ça va vraiment changer votre vie de tous les jours? L'équilibre avec la clinique, ça va être un peu perturbé, mais pour le mieux, pas nécessairement pour rien.
[00:33:49] Speaker B: Parce que comme chef de département, tu sais, je mets à peu près une journée et demie à deux jours. Bon, c'est sûr que parfois c'est le soir puis la fin de semaine, mais j'essaie de faire attention quand même. Mais j'ai quand même trois jours et demie en clinique, là. Fait que j'y fais de tout encore. Tandis que là, si on va dans un poste qui est beaucoup plus prenant, là, à ce moment-là, il faut vraiment délaisser un peu plus de clients.
[00:34:14] Speaker A: Si vous aviez une chose à dire aux futurs médecins qui sont en train de se faire former pour les inciter ou pour leur donner la fibre de gestionnaire, ça serait quoi?
[00:34:25] Speaker B: Ça serait qu'un gestionnaire, en fait, moi, ce qui m'a toujours motivée, c'est qu'on peut faire des changements qui ne sont pas juste pour une personne. Il n'y a rien de plus satisfaisant que de développer une nouvelle trajectoire de soins plus pertinente, plus en cohérence avec les besoins de la population et d'amener une équipe à le faire ensemble. C'est tellement valorisant. Donc, on peut...
aller travailler à plus grande échelle qu'une seule personne. C'est extrêmement valorisant de notre travail. Mon travail est extrêmement valorisant. Le nombre de merci que j'ai au quotidien, Là, quand j'amène ça à un autre niveau, qui est vraiment développer des trajectoires, tout ça, ça prend plus de temps d'avoir mon merci ou ma satisfaction, mais elle est encore meilleure au final. Donc, c'est vraiment l'aspect d'avoir un impact un peu plus large, qui est le plus motivant. Et bien, je dirais, gardez les filles, allez-y, allez-y, laissez-vous porter, parce que laissez-vous porter par, hop, un défi. Moi, j'ai jamais eu de plan de carrière, là. Je suis partie, comme je vous disais, en étant... j'allais être un médecin de campagne, tu sais, en région, où là, je suis vraiment...
C'est les coups de cœur qui m'ont amenée, hop, c'est ça. Puis la direction, la direction. Et on peut la réajuster aussi à un moment donné, notre direction. Parce qu'après, il y en a, après être chef de département, on peut dire non, j'ai...
Ça va, je retourne en clinique ou je retourne à l'enseignement.
Puis notre pratique médicale nous permet ça, nous permet ça. Et je vois dans le nouveau curriculum l'aspect gestion et je fais, mais ils sont chanceux.
Là, ça n'a pas l'air pertinent, mais ça l'est tellement pour une pratique de clinicien. Puis après ça, encore plus si à un moment donné, on va un peu plus loin parce qu'il y en a tout plein de nous, de vous qui allez être chef de service ou chef de département éventuellement dans votre vie.
moins qui vont avoir des postes de gestion académique, mais quand même, il y en a tout plein qui vont avoir des comités, des activités de gestion. Donc, cette formation-là, elle est quand même précieuse. Puis après, on peut l'amener un petit peu plus loin.
[00:37:18] Speaker D: C'est vraiment intéressant. Je pense que les étudiants qui vont écouter ça, ça va être très pertinent. Puis peut-être qu'ils vont voir leur cours MSP gestion d'une autre façon maintenant.
[00:37:28] Speaker A: Vraiment. Puis la pertinence de pourquoi on fait ça, c'est vraiment super intéressant. Et on vous remercie vraiment beaucoup d'être venu discuter avec nous ce matin. Puis on espère que vous aussi, vous avez apprécié autant que nous. Donc merci beaucoup.
[00:37:40] Speaker B: Merci beaucoup à vous. Merci.
[00:37:44] Speaker C: C'est ce qui met fin à cet épisode avec Dr Sophie Desaigne. On a appris plusieurs aspects de cette spécialité-là et on espère que vous avez découvert un potentiel intérêt en gestion. À la prochaine!